La Chouette Ecriture : rééduquer le geste, transmettre le message

07 octobre, 2020


LA CHOUETTE ECRITURE : REEDUQUER LE GESTE, TRANSMETTRE LE MESSAGE


 
Si la discipline existe depuis les années 60, elle est encore très peu ou mal connue. Pourtant, la graphothérapie ou rééducation à l’écriture, s’adresse à tous ceux qui, enfants ou adultes, entretiennent un rapport conflictuel avec l’écrit. Et ils sont nombreux ! Partant de ce postulat, probablement majoré par l’usage intensif des claviers, Valérie SEBASTIANI-VIGNERON a créé la Chouette Ecriture en août 2019. Dans son cabinet, situé rue de la Paix à Cenon, elle reçoit écoliers, jeunes et salariés, souffrant de dysgraphie ou de douleurs liées à l’acte d’écrire manuellement. Elle nous donne les clefs de sa pratique.


C.E.C : Comment définiriez-vous la graphothérapie ?

Valérie SEBASTIANI-VIGNERON :
Les personnes confondent souvent avec la graphologie qui interroge la personnalité alors pour simplifier, j’ai pour coutume de dire que la graphothérapie est à la dysgraphie, ce que l’orthophonie est à la dyslexie. En effet, la graphothérapie, à l’origine, s’intéressait surtout à ces troubles de l'écriture qui peuvent occasionner une illisibilité ou certains troubles du comportement. Aujourd’hui, la graphothérapie est aussi un outil pour les adultes et les adolescents qui souhaitent
corriger leur écriture ou entamer une démarche de développement personnel.



C.E.C : Quels sont les bénéfices d’une rééducation à l’écriture ?


V.S-V :
Ecrire, c’est avant tout transmettre des messages, véhiculer des émotions … Cependant, force est de constater qu’aujourd’hui, plus personne n’écrit de façon manuscrite. Non pas par fainéantise mais parce qu’on leur reproche leur illisibilité, leur lenteur mais aussi parce qu’ils ressentent des douleurs à la main, au poignet, à l’épaule, ou au cou… Or, que l’on soit un enfant, un salarié ou un chef d’entreprise, on doit pouvoir être compris pour évoluer.  Certains recruteurs exigent toujours des lettres de motivation manuscrites. Notre écriture dit des choses sur nous. De plus, l’acte d’écrire aide à développer de nombreuses compétences, à améliorer la concentration en activant différentes zones du cerveau. La graphothérapie, en rééduquant le geste, la posture, permet de résoudre la dysgraphie, de rendre son écriture lisible et améliorer l’estime de soi, de mieux se connaître et repérer les obstacles qui limitent la réalisation de leur plein potentiel.


C.E.C : Comment se déroule une séance ?

V.S-V :Le premier bilan, de deux heures, permet de faire un point sur les circonstances qui ont précédé les troubles de l'écriture, sur les bilans déjà effectués (orthophonie, orthoptie, psychologue...). Ensuite, on procède à un examen de la motricité globale, l'observation de la motricité fine, un test de vitesse, un examen de l'écriture et la détection d'une éventuelle dysgraphie.

Les séances de rééducation durent 40 minutes et ont lieu 1 fois par semaine ou tous les 15 jours. Je donne parfois quelques petits exercices de motricité à faire à la maison. On travaille à décrisper le geste et les postures ou à l'inverse à les tonifier; on travaillera aussi des formes pré-graphiques (droites, courbes, ponts et coupes) et la motricité fine. Il ne s'agit pas de faire des lignes sur une fiche ou un cahier. Mais plutôt de reprendre confiance et parfois même de dédramatiser un acte qui devrait être spontané et qui ne l'est plus.


C.E.C : Quelle formation avez-vous suivie ?


V.S-V :
Il existe une formation de graphothérapeute que j’ai suivie pendant deux ans. En complément, j’en ai suivi une autre en neurologie fonctionnelle auprès d’une neurologue reconnue.



C.E.C : Comment est accueillie votre profession sur notre territoire ?


V.S-V : C’est très difficile de se faire connaître en tant que professionnel parce que le métier est très mal connu. Il y a un vrai déficit de communication sur le sujet. Même si les besoins sont réels. Les enseignants en sont conscients. Ils se montrent d’autant plus intéressés qu’ils n’ont pas reçu de formation sur la posture par exemple. Parfois, il suffit simplement d’ajuster la table ou la chaise pour que l’enfant ait ses deux pieds posés au sol et puisse ainsi mieux se positionner… Les parents, également, ont pu découvrir les difficultés de leur enfant pendant le confinement. Cependant, ils restent peu informés. Quant au monde médical, il demeure difficile d’accès.



C.E.C : La crise sanitaire a-t-elle majoré la situation ?


V.S-V :
Oui et non. Avec le confinement et l’école à la maison, certains parents sont venus à moi. Mais cette crise isole aussi. Certains s’en sont allés… au final, ça s’équilibre.



C.E.C : Quels seraient vos souhaits pour améliorer la situation ?


V.S-V :
Il faudrait créer de solidespartenariats entre professionnels. Une prise de conscience des institutions médicales et éducatives sur les problèmes de dysgraphie, de dyslexie, changerait aussi le regard sur ces difficultés rencontrées par les enfants, les salariés, les demandeurs d’emploi…. Sur notre territoire, il manque cruellement de spécialistes, graphothérapeutes, orthophonistes … L’idéal serait de créer un vrai centre de traitement de tous les troubles « dys ».


Plus d’infos sur les séances de graphothérapie :
https://lachouetteecriture.wixsite.com/lce33



Reportage : Aïcha Chapelard

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